30.06.2017

Design Parade

Art Design Architecture

Hyères
12e festival international de design
30 juin – 24 septembre 2017
Inauguration le 30 Juin

Toulon
2e festival international d’architecture d’intérieur
29 juin – 24 septembre 2017
Inauguration le 29 juin

En 2016, la villa Noailles s’engageait dans une nouvelle proposition à Toulon consacrée à l’architecture d’intérieur et à la décoration. Désormais, chaque été, le festival organise Design Parade en deux volets : le premier à Toulon pour l’architecture d’intérieur, le second à Hyères pour le design.

À travers cette nouvelle proposition inédite en France, Design Parade permet d’aborder, au cours d’un week-end élargi, tous les aspects des arts décoratifs dans la création contemporaine. Design Parade Toulon et Hyères ont pour ambition de faire découvrir, de promouvoir et de soutenir la jeune génération dans ces disciplines complémentaires et de présenter, aux professionnels et au public, des créateurs internationaux à travers des expositions et des conférences. Pour accompagner la jeune création, le festival aborde autant l’artisanat, les savoir-faire d’exception que l’industrie, notamment grâce au soutien de ses partenaires. Le festival est aussi l’occasion de parcourir le patrimoine de ces deux villes voisines qui offrent chacune une expression de la richesse architecturale et décorative du Var.

DESIGN PARADE TOULON
2e festival international
d’architecture d’intérieUR

En novembre 2016, la villa Noailles lançait l’appel à candidatures pour le concours Design Parade Toulon. 120 candidats de 15 nationalités di érentes ont envoyé un projet d’aménagement et de décoration d’une pièce à vivre. Ils répondaient tous dans le cadre de plans fournis par le festival et dans la contrainte d’un budget de 2000 euros pouvant être complété par les prêts d’objets, de mobilier et de matériaux offerts par les partenaires du festival.

Le jury s’est réuni les 16 et 17 mars 2017 à l’Opéra de Toulon pour choisir les dix finalistes parmi les candidatures reçues.

À l’issue des rencontres avec les architectes d’intérieur nalistes lors du festival, le jury, présidé par Vincent Darré, décernera le 1er juillet 2017 le Grand Prix Design Parade Toulon Van Cleef & Arpels.

10 ARCHITECTES D’INTERIEUR FINALISTES 

Les dix finalistes du concours seront invités à Toulon au moment du festival. Ils y réaliseront chacun leur projet adapté aux salles d’un bâtiment mis à leur disposition et enrichi par les aides des partenaires du festival.

Ils rencontreront le jury à cette occasion lors de rendez-vous individuels. A l’issue de ces rencontres, le jury décernera le Grand Prix Design Parade Toulon – Van Cleef & Arpels.

Paul Brissonnet et Alexandre Benjamin Navet
France
IMAJAGHAN pièce à vivre

Le projet ambitionne de créer un environnement propice à la réflexion et à la production pour les créateurs en sommeil. Il s’agit de perturber les repères de l’habitat classique pour stimuler la recherche et rencontrer de nouveaux moyens d’expression.

Tout d’abord, on plante un décor classique qui reprend les archétypes de l’appartement haussmannien ; la cheminée est surmontée d’un trumeau et de grands murs blancs. Puis, on introduit des éléments piochés chez les nomades du Maghreb (en référence au titre du projet qui signifie le guerrier en berbère) ; des dunes sur le sol et des coffres contiennent le nécessaire à la vie quotidienne. Alors que les caisses sont traditionnellement dissimulées sous le sable pour protéger leurs trésors, ici, cette astuce conduit le résidant à fouiller pour les dénicher et ainsi déranger la mollesse de son confort. Il y trouvera de la vaisselle, du petit électroménager, de la nourriture, mais aussi des livres, des crayons et de la peinture qui déclencheront chez lui le désir de s’exprimer. Les seuls supports disponibles étant les murs, on espère que ses visions s’étendront au-delà d’une feuille A4. L’instabilité du sol provoquée par le déplacement du sable devrait encore accroître l’alerte de l’hôte et le pousser à inventer sans cesse d’autres manières de vivre et de travailler.

NÉ EN 1987, PAUL BRISSONNET EST DIPLÔMÉ DE L’ÉCOLE DE DESIGN NANTES-ATLANTIQUE.

ALEXANDRE BENJAMIN NAVET EST NÉ EN 1986, IL EST DIPLÔMÉ DE L’ENSCI – LES ATELIERS, PARIS.
ILS VIVENT ET TRAVAILLENT À PARIS.

PAUL BRISSONNET ET ALEXANDRE BENJAMIN NAVET,
IMAJAGHAN
© PAUL BRISSONNET ET ALEXANDRE BENJAMIN NAVET

Mariam Bouchamane et Margot Cosyn
Maroc / France
LISEUSE AU BAIN salle de bains

Conçue comme une véritable pièce à vivre, la salle de bains est un espace pour prendre son temps, se prélasser et lire, un gynécée contemporain. Le sas d’entrée marque le premier passage depuis les pièces partagées de la maison vers l’intimité de la pièce pour soi. Il véhicule déjà les codes qui seront repris dans la grande salle et qui évoquent la Méditerranée paisible et lumineuse.

Le sol carrelé d’un bleu profond représente l’étendue d’eau salée, le bassin qui relie les rives sud de l’Europe aux rives nord de l’Afrique, l’occident à l’orient, de Santorin à Tanger. Des carreaux de céramique plus claire s’étendent sur les parois verticales comme des vagues léchant la côte. Matisse, Picasso, Cocteau sont convoqués çà et là, à travers de généreuses figures de baigneuses esquissées sur les murs blancs, travaillés en couches mates, comme une vision des façades de villages grecs. La baignoire et la fontaine sont modelées à la main, elles semblent primitives et sorties d’un site archéologique crétois. La colonne et le bénitier servent de supports aux livres préférés de la naïade. Les touches dorées apportées par la robinetterie baroque aux motifs de coquillages superposent l’image du soleil aux précieux trésors remontés des eaux. Un rideau simple en coton théâtralise l’ensemble de la scène qui joue avec les archétypes antiques. Sur la terrasse, les jarres rondes rappellent les courbes des femmes alanguies au bain. Chacune ouvrira d’autres images intérieures selon ses lectures.

MARIAM BOUCHAMANE ET MARGOT COSYN SONT NÉES EN 1991 ET SONT DIPLÔMÉES DE L’ÉCOLE CAMONDO, PARIS.

MARGOT COSYN EST ÉGALEMENT DIPLÔMÉE EN SCÉNOGRAPHIE DE L’ACCADEMIA DI BRERA (ITALIE). ELLES VIVENT ET TRAVAILLENT À PARIS.

MARIAM BOUCHAMANE ET MARGOT COSYN,
LISEUSE AU BAIN
© MARIAM BOUCHAMANE ET MARGOT COSYN

Mark Daovannary, Alice Louradour,Samuel Bégis et Caroline Charrel
France
PAN salon

Composé à quatre, à la manière d’un cadavre exquis, ce salon est le terrain de jeu de créateurs aux profils complémentaires qui tendent à concilier art et architecture. Les murs sont considérés comme la toile blanche pour réaliser un tableau surréaliste en volume. La peinture est appliquée sur toutes les surfaces dans des tons vifs et saturés qui évoquent le bleu de la mer et le jaune du soleil pour esquisser de grands motifs expressifs. Si le plafond est délimité par des imbrications concentriques de frises, le sol et les murs se confondent parfois grâce à la couleur qui se poursuit d’un plan à l’autre. La perspective de la pièce varie en fonction des ornements, les angles disparaissent par endroits et les murs semblent pivoter. Les dessins anamorphiques dissimulent puis révèlent les volumes selon le point de vue du visiteur. Ainsi s’élève un escalier posé sur une estrade dont les proportions indiquent des fonctions possibles ; il est une composante du mobilier sortant du mur qu’on utilisera en étagère ou en banc. Quelques fauteuils et lampes sont retenus pour la simplicité de leur facture, et leurs lignes noires ajoutent des cernes graphiques à l’ensemble.

L’accumulation de ces éléments fragmentaires reste une incitation car il appartient à chacun de définir librement l’utilisation des surfaces qu’il perçoit dans cette œuvre collective.

MARK DAOVANNARY ET ALICE LOURADOUR SONT NÉS EN 1990, SAMUEL BÉGIS EN 1987 ET CAROLINE CHARREL EN 1992. ILS SONT TOUS DIPLÔMÉS DE L’ENSAD, PARIS. ILS VIVENT ET TRAVAILLENT À PARIS.

MARK DAOVANNARY, ALICE LOURADOUR, SAMUEL BÉGIS ET CAROLINE CHARREL,
PAN
© MARK DAOVANNARY, ALICE LOURADOUR, SAMUEL BÉGIS ET CAROLINE CHARREL

Martial Marquet
France
TOOL ONE salle à manger

C’est à un happening convivial et participatif que nous convie ce projet. La salle à manger se construit en fonction des souhaits et des besoins de chaque invité. Il n’est pas question de
passer les pieds sous la table et de consommer sans interagir avec ses voisins ou son environnement. Il s’agit de fabriquer le mobilier et l’aménagement de l’espace. Une palette de modules est à disposition sur les murs : cercles ou rectangles en panneau de MDF prépercé, tubes en acier peint, ampoules et connectique. La simplicité des formes est appuyée par la couleur rouge qui les signale et les unifie. Quatre outils en complément, cintreuse, perceuse, scie à ruban et tournevis, permettent de façonner le tout en assemblant les matériaux pour produire en un temps très court, une famille d’objets coordonnés qui serviront pour le repas. Le tube d’acier et le procédé de fabrication induisent l’esthétique en cintres qui se déclinent en trois options d’échelle pour former les pieds de table et de tabouret ainsi que les supports de lampe. Les plateaux de bois, en se fixant sur les parties arquées, caractérisent l’assise, la table, l’étagère ou la lampe. On pourra aussi inventer à l’envi des éléments décoratifs ou du mobilier.

Au-delà de l’expérience partagée et de la découverte, cette salle invite à réfléchir sur la consommation des objets et la transmission des savoir-faire, en les mettant à la portée de chacun.

NÉ EN 1984, MARTIAL MARQUET A ÉTUDIÉ AU SOUTH CALIFORNIAN INSTITUTE FOR ARCHITECTURE DE LOS ANGELES (USA). IL EST DIPLÔMÉ DE L’ENSCI – LES ATELIERS, PARIS ET L’ÉCOLE SPÉCIALE D’ARCHITECTURE DE PARIS. IL VIT ET TRAVAILLE À PANTIN.

Valentine Martin
France
DANS LA CUISINE D’HERVÉ pièce à vivre

La pièce réunit deux fonctions en glissant de la préparation du repas vers la table à manger. Le souvenir des vacances entre amis au bord de l’eau colore l’ensemble d’authenticité généreuse. Les matériaux et les teintes sont choisis dans une gamme qui rappelle la Provence et invite à retrouver les plaisirs simples. Les murs et le sol d’un angle de la salle sont enduits de chaux teintée en bleu qui s’étale aussi sur le plan de travail et la cheminée destinée à cuire les aliments. Le banc, traité dans ce même matériau naturel, est placé devant l’âtre comme une incitation à assister à la transformation des mets. Quelques carreaux émaillés empruntent aux années 1960 un motif géométrique et apportent une touche décorative presque désuète du charme des maisons de vacances que l’on compose au fil des trouvailles. Le sol se poursuit dans un carrelage en terre cuite traditionnelle, produit à Salernes, petit village du Haut Var. En écho à la cuisine, la grande table rustique est recouverte de l’enduit bleuté aux formes irrégulières. La vaisselle elle aussi émaillée constitue un nouvel hommage aux arts décoratifs du sud et pourrait avoir été chinée dans les brocantes du dimanche après-midi, de même que les chaises cannées que l’on ne saurait dater. De grands rideaux en lin tempèrent l’atmosphère de ce décor que l’on parcourra pieds nus sans se soucier des conventions et du temps qui passe.

VALENTINE MARTIN EST NÉE EN 1992, ELLE EST DIPLÔMÉE DE LA CAMBRE, BRUXELLES. ELLE VIT ET TRAVAILLE ENTRE LA BELGIQUE ET LA FRANCE.

VALENTINE MARTIN,
DANS LA CUISINE D’HERVÉ
© VALENTINE MARTIN

Mathieu et Caroline Ménager

France
SOLEIL, DÉLICIEUX ENFER salon

Au cœur de la maison, ce projet propose un espace de convivialité atypique pour susciter de nouveaux usages. La pièce est isolée de l’extérieur, plongée dans l’obscurité toutes les surfaces sont peintes de noir bleuté pour limiter au minimum la décoration et gommer les repères courants de temps et d’espace. Une scène est délimitée au centre, par le périmètre d’un losange peint en ocre doré sur le sol auquel répond en miroir la forme du caisson lumineux dépassant du plafond. De ce dispositif émane une douche de lumière tamisée dont l’intensité varie au fil des heures pour donner l’illusion d’une journée qui s’écoule. De cette source descendent des lianes végétales plantées dans une treille autonome composée de goulottes suspendues qui contiennent le terreau et dissimulent le système d’arrosage. Le plateau au sol s’utilise comme une terrasse intérieure, pour circonscrire les activités du groupe sans l’enfermer. Quelques éléments de mobilier invitent à s’asseoir, à poser un verre, à s’alanguir, quand les formes arrondies d’un vase et d’une statue invitent à la sensualité. Cet Eden artificiel, patio autant que jardin ou salon, met en scène les usagers en dehors de toute interférence extérieure, loin des préoccupations quotidiennes, pour exacerber chaque instant partagé, ou seul, pour se ressourcer et méditer dans un environnement dépouillé.

MATHIEU ET CAROLINE MÉNAGER SONT NÉS EN 1984, SONT DIPLÔMÉS DE L’ÉCOLE SUPÉRIEURE D’ARCHITECTURE DE MARSEILLE ET SONT ARCHITECTES DIPLÔMÉS D’ÉTAT. ILS VIVENT ET TRAVAILLENT À MARSEILLE OÙ ILS ONT FONDÉ L’ATELIER M3A.

MATHIEU ET CAROLINE MÉNAGER,
SOLEIL DÉLICIEUX ENFER
© MATHIEU ET CAROLINE MÉNAGER

Nastasia Potel et Mylène Vasse
France
MAINMISE salon

Le bassin méditerranéen est interprété pour ses caractéristiques matérielles ; une étendue d’eau contenue par des frontières du littoral. L’antagonisme entre fluidité et rigidité, et l’affranchissement du cadre donné sont les points de départ de la conception du salon. L’aménagement et la décoration font écho à ces notions.

Le sol et les murs sont tramés au moyen d’un carrelage blanc régulier dont les joints rouges laissent apparaître une grille rigoureuse à la manière d’une carte géographique. Pour s’affranchir des limites de la pièce, les repères de distance sont floutés grâce à la succession de voilages couleur chair en courbe douce devant un des angles. La brillance du plafond laqué réverbère une lumière insaisissable. Le mobilier se joue de l’instabilité de la matière. L’enveloppe du banc, de la table basse et des chaises aux arêtes vives est produite en panneaux de verre jaune transparent qui laisse voir la masse de sable contrainte à l’intérieur. Rappel symbolique de la mer, le mobilier fait aussi la démonstration presque absurde de l’instabilité des états de la matière, la silice étant utilisée pour se cloisonner elle-même. La bibliothèque illustre encore la brutalité du découpage frontalier, car si l’on perçoit de loin une masse en éponge naturelle aux spires irrégulières, on constate en s’approchant, qu’elle est partitionnée arbitrairement par des lames de verre incolore. Comme un ultime défi à la rectitude, le mobilier est disposé sans tenir compte de la grille.

NASTASIA POTEL, NÉE EN 1989 ET MYL NE VASSE, NÉE EN 1990 SONT DIPLÔMÉES DE L’ÉCOLE SUPÉRIEURE D’ARCHITECTURE DE VERSAILLES. ELLES VIVENT ET TRAVAILLENT À PARIS SOUS LE NOM DE UBALT ARCHITECTES.

NASTASIA POTEL ET MYLÈNE VASSE,
MAIN MISE
© NASTASIA POTEL ET MYLÈNE VASSE

Catherine Ronziere et Pablo Figueroa
France / Chili
PANORAMA INTER-EXTÉRIEUR chambre de méditation

Il est difficile d’attribuer une fonction précise à la pièce tant elle repose sur la définition que chacun lui donnera. Chambre, petit salon, boudoir, cachette, tout y est construit pour accompagner l’utilisateur avec quiétude et offrir un environnement favorable à la méditation.

Un grand cube en bois teinté acajou est placé au centre de la salle assombrie. Il est tout autant le refuge que l’observatoire pour révéler le paysage intérieur. La lumière de son plafond agit comme un phare et dessine les surfaces. On accède à cette plateforme par un marchepied accessible sur un des deux côtés largement ouverts. Surélevée du sol, elle permet de s’allonger, de s’asseoir ou de prendre place à un poste d’observation, pour voir sans être vu. Des meurtrières y sont découpées pour cadrer le panorama artificiel composé sur les murs de la salle. Inspirées d’un village marocain, les scènes sont peintes dans un glacis de bleus intenses depuis le sol jusque sur les poteries et les parois. À l’exception d’un rocher, les amphores, les vases et les cruches de terre émaillée sont les seuls éléments disposés en dehors de la boîte, pour indiquer des points de focalisation en laissant la place à l’imaginaire.

Isolé dans le calme de l’alcôve, on pourra y lire le paysage, se promener autour dans la pénombre de la salle ou profiter de ce retrait temporaire
du monde pour bouquiner, réfléchir ou se détendre, et inventer des rituels dans ce nouveau sanctuaire.

CATHERINE RONZI RE EST NÉE EN 1992 ET PABLO FIGUEROA EN 1983, LUI EST DIPLÔMÉ EN ARCHITECTURE DE L’UNIVERSIDAD DEL DESAROLLO À SANTIAGO DU CHILI. ILS SONT TOUS LES DEUX ÉTUDIANTS EN DESIGN EN 4E ANNÉE À L’ÉCOLE SUPÉRIEURE DES BEAUX-ARTS DE TOULOUSE, OÙ ILS RÉSIDENT.

CATHERINE RONZIÈRE ET PABLO FIGEROA,
PAYSAGE INTER EXTÉRIEUR
© CATHERINE RONZIÈRE ET PABLO FIGEROA

Emmanuelle Simon
France
LA CHAMBRE SUR L’EAU chambre

Autour d’une architecture centrale, les aménagements se déclinent dans des matières naturelles aux tons de sable et de terre baignés d’une lumière filtrée. Les murs sont enduits d’argile à la main, le sol est en parquet clair et le plafond s’estompe derrière les vagues de voilages translucides qui s’animent au passage de l’air.

Le lit occupe la place principale, il est un îlot posé sur un empilement de quatre tapis qui reprennent son dessin et rappellent les ondes concentriques des galets jetés dans l’eau. Les matières se font plus douces en avançant vers la couche, depuis la rugosité du coco vers le moelleux de la laine épaisse. La plateforme en bouleau évoque une barque flottant au-dessus du sol. Elle est surmontée d’une structure en grandes arches tressées en corde de lin distinguant la zone d’entrée de l’espace de repos. D’un côté, un grand miroir intégré renvoie l’image de la porte et ne laisse rien entrevoir de ce qui se joue dans l’espace habité. De l’autre, ouvrant sur la vue, l’architecture forme une alcôve protectrice tapissée de papier japon au-dessus du matelas et abrite un dosseret en tadelakt beige qui apporte une fraîcheur minérale.

Conçue pour la nuit autant que le jour, la chambre propose un environnement clair et tempéré entièrement tourné vers le paysage.

EMMANUELLE SIMON EST NÉE EN 1988, ELLE EST DIPLÔMÉE DE L’ÉCOLE CAMONDO, PARIS EN ARCHITECTURE D’INTÉRIEUR ET DESIGN. APR S DE COLLABORATIONS AVEC PIERRE YOVANOVITCH, TRISTAN AUER ET JEAN-MARIE MASSAUD, ELLE S’EST ÉTABLIE À PARIS SOUS SON PROPRE NOM.

EMMANUELLE SIMON,
LA CHAMBRE SUR L’EAU
© EMMANUELLE SIMON

Mathilde Vallantin Dulac et Victor Levai
France
LA PLAGE ABANDONNÉE chambre

Se lover dans un nid, à l’abri de la chaleur écrasante de l’été et du tumulte des plages : une invitation douillette est lancée ! On entre dans une chambre d’apparence classique au sol recouvert de moquette et les murs sont tapissés de toile de lin tendu. L’atmosphère s’assourdit et on ressent déjà le calme feutré de la pièce, sous nos pieds les motifs dessinent les galets et le mouvement des vagues, ce sont les premiers signes de vacances. Au centre trône un étrange rocher massif sculpté dans le plâtre. Le lit est dissimulé dans un berceau creusé à la cime, on y accède par des escaliers taillés sur le flanc du monolithe. Là, nous attend une couchette confortable en tressage d’osier qui s’appuie sur les parois du cratère à la manière d’un grand panier. Elle est garnie de coussins en lin traités dans des couleurs toniques tels le jaune et l’orange que l’on trouve sur les serviettes de plage. Les motifs Ikat bleu marine, qui habillent des tissus blancs comme une évocation graphique de l’écume et de la mer, appellent au farniente. Pour se rafraîchir et se délasser, on découvrira un point d’eau en se promenant autour du roc. La belle saison n’aura pas de fin dans cette alcôve protectrice.

MATHILDE VALLANTIN DULAC ET VICTOR LEVAI SONT NÉS EN 1991, ELLE EST DIPLÔMÉE DE L’ÉCOLE SUPÉRIEURE DES ARTS APPLIQUÉS DUPERRÉ À PARIS EN DESIGN TEXTILE, ET LUI EST DIPLÔMÉ DE L’ÉCOLE SUPÉRIEURE DES BEAUX-ARTS DE PARIS.

MATHILDE VALLATIN DULAC ET VICTOR LEVAI,
LA PLAGE ABANDONNÉE
© MATHILDE VALLATIN DULAC ET VICTOR LEVAI

JURY DESIGN PARADE TOULON

En 2017, le jury est composé de :

Vincent Darré
designer et décorateur, Paris Président du jury

Amira Casar
actrice, Paris

Lison de Caunes
artisan, fondatrice, Lison de Caunes Créations, Paris

Julien Desselle
fondateur, agence Desselle & Partners, Paris

Olivier Gabet
directeur, Les Arts décoratifs, Paris

François Halard
photographe, Paris – Arles

Marie Kalt
rédactrice-en-chef, AD France, Paris

Mathias Kiss
artiste, fondateur, Studio Attilalou, Paris

Benjamin Paulin
associé, Paulin Paulin Paulin, Paris

Patricia Racine
directrice artistique, Manufacture d’Aubusson, fondatrice de Manufactures
Paris

Pierre Yovanovitch
architecte d’intérieur, Paris

Studio Quetzal
Adrien Gadet, Louise Naegelen et Benjamin Lina architectes d’intérieur, lauréats du Grand Prix Design Parade Toulon 2016

EXPOSITIONS DU PARCOURS

Les expositions sont ouvertes au public gratuitement du 29 juin au 24 septembre et forment un parcours dans la ville et le centre ancien de Toulon.

Concours
10 ARCHITECTES D’INTÉRIEUR
ancien cercle naval Vauban, 29 avenue Jean Moulin

LA MAISON HANTÉE de Vincent Darré
Musée d’art de Toulon, 113 boulevard Général Leclerc

François Halard, LA SUITE MÉDITERRANÉENNE
Musée d’art de Toulon, 113 boulevard Général Leclerc

Studio Quetzal, Q 0.0.1.
lauréat Design Parade Toulon 2016,
Grand prix du jury Van Cleef and Arpels,
ancien cercle naval Vauban, 29 avenue Jean Moulin

MTX broderie architecturale – Maison d’art de CHANEL
MAÎTRISE D’OUVRAGE
ancien cercle naval Vauban, 29 avenue Jean Moulin

Valentina Cameranesi, FÉMININ
Exposition céramiques, galerie, 1 place Vincent Raspail

WORKBAYS VILLAGE ECAL X VITRA
Port des créateurs, place des Savonnières

NOUVEAU TÉLÉPHÉRIQUE DE TOULON PAR ATELIER 360
Port des créateurs, galerie Le Stardust 20 rue chevalier Paul

Antoine Grulier et Thomas Defour, EN VRAGUE
Musée national de la Marine,
Place Monsenergue – quai de Norfolk

Ecole supérieure d’art et de design
Toulon Provence Méditerranée
ancien cercle naval Vauban, 29 avenue Jean Moulin, galerie de l’école, angle rue Nicolas Laugier, et place Gambetta

Rikkert Paauw, ARCHIVES DU CERCLE NAVAL
ancien cercle naval Vauban, 29 avenue Jean Moulin

LIFE AQUATIC, yacht aménagé par India Mahdavi
Présentation galerie, 2 rue Jean-Aicard
Durant le week-end, le yacht est visible sur le quai d’honneur, port de Toulon

LA MAISON HANTÉE de Vincent Darré
Musée d’art de Toulon, 113 boulevard Général Leclerc

En découvrant la ville de Toulon et la côte qui l’entoure, je rêvais de vivre dans un de ces palais d’un autre temps qui surplombent des jardins en escaliers plantés de cypres, de pins, de parasols, de palmiers et d’aloès qui descendent jusqu’au rivage bleu outremer.

Ces propriétés merveilleuses hantent mon imaginaire depuis l’enfance. Je prenais le train de Paris et arrivais au petit matin à Antibes chez ma grand-mère qui habitait un mas à Biot.

Qui vit dans ces demeures presque hollywoodiennes ? Une comtesse aux pieds nus échouée dans une villa abandonnée ?
En partant de cette obsession j’ai retourné la carte blanche que le Musée d’art de Toulon m’offrait pour raconter l’histoire de cette famille imaginaire de grands collectionneurs toulonnais depuis plusieurs générations.

Puisant dans les extraordinaires réserves du musée, j’ai remonté l’arbre généalogique de cette cité méditerranéenne qui logea tant de riches excentriques.

La machine à remonter le temps de ce parcours commence par l’antichambre d’une âme noire, d’un ancêtre qui hante à jamais le musée. Si on a le courage de franchir ce sas, on peut découvrir le salon vert meublé de mes créations qui, elles aussi, remontent le fil de mon travail.

Confrontation des œuvres accrochées : une collection de tableaux du XVIIIe siècle remonte à l’arrière-grand-père, puis au grand-père moins austère qui profita de ces années oisives où les Anglais venant respirer l’air désuet de la côte d’Azur, il rassembla divers marines et d’autres œuvres d’art modernistes. Son fils poursuivra ce pas vers l’art du contemporain, mélangeant ainsi les époques.

Ce salon maritime donne sur une chambre où logeait un ami artiste de la famille. Dans la lignée d’un Cocteau ou d’un Bérard, cette pièce est dédiée à la rêverie.

Peinte d’un bleu royal où une princesse oublia son lit à baldaquin. Le poète dormant là, il récolta dans le chantier naval des objets oubliés et rouillés,
et il vit entouré de ses livres, son bureau où s’entassent des dessins, des livres et des photos épinglées sur le mur. Insomniaque, il regarde sans n ce lm qui se déroule sous ses yeux étoilés : est-ce lui ou moi qui rêve de vivre à jamais dans cette architecture fantasque ?

VINCENT DARRÉ, DESSIN POUR L’EXPOSITION AU MUSÉE D’ART DE TOULON, 2017
© MAISON DARRÉ

MTX broderie architecturale – Maison d’art de CHANEL MAÎTRISE D’OUVRAGE
ancien cercle naval Vauban, 29 avenue Jean Moulin

Fondé en 1939, l’atelier de broderie Montex s’est imposé comme l’un des partenaires les plus novateurs de la Haute Couture. Sous la direction artistique d’Annie Trussart depuis 1987, les réalisations de l’Atelier renouvellent le répertoire classique et proposent ainsi un regard neuf et contemporain sur les métiers d’art. Collaborant étroitement avec la célèbre Maison de la rue Cambon depuis de longues années, l’atelier Montex rejoint le groupe Chanel en 2011.

En 2013, Montex fait encore bouger les lignes de la tradition en dévoilant son nouveau studio de création, MTX, qui transpose les savoir-faire de la broderie à l’échelle de l’architecture.

« Je me suis toujours intéressée à l’architecture et paradoxalement à la possibilité de rapprocher ces deux univers. La broderie sur le vêtement, son support, et sa projection dans l’espace » explique Annie Trussart.

En émancipant la broderie de son support traditionnel pour la mettre en espace, le studio MTX ouvre un nouveau territoire entre architecture intérieure et sculpture. Les créations de MTX prennent la forme de claustras qui rythment l’espace, de micro-architectures qui redéfinissent les volumes ou encore de textures murales qui habillent les surfaces.

Les créations présentées au Cercle Naval de Toulon illustrent la diversité du vocabulaire formel et des techniques que le studio propose aux architectes, designers et décorateurs avec lesquels il travaille. À chaque fois pour des pièces uniques. De la légèreté du dévoré de Réversible au travail d’éclat et de lumière des Pavillons, des feutres colorés de Bam ! aux métaux précieux d’Averse, ces pièces uniques font dialoguer dans un même regard la précision de la broderie et la grandeur de l’architecture. Derrière le raffinement et la sophistication des compositions, le dialogue est permanent entre le savoir-faire patrimonial et les technologies de conception les plus innovantes.

En contrepoint des pièces architecturales exposées au Cercle Naval, le studio MTX expose
à la villa Noailles sa première pièce de mobilier. Installé dans le salon rose, le paravent Marie-Laure reprend l’e et de godron des verres texturés de
la verrière et les interprète dans une broderie de tubes en nition or rose, montée sur des sangles qui habillent trois vantaux de frêne. Ce paravent a été réalisé en partenariat avec les établissements Counot Blandin, « entreprise du patrimoine vivant » située dans les Vosges et positionnée depuis sa création en 1934 sur la fabrication de meubles de prestige.

MTX BRODERIE ARCHITECTURALE,
FRAGMENT, SHOWROOM MTX
© MTX

NOUVEAU TÉLÉPHÉRIQUE DE TOULON PAR ATELIER 360
Port des créateurs, galerie Le Stardust, 20 rue chevalier Paul

REDESIGNER UNE ICÔNE

Soixante ans après sa création, le téléphérique du mont Faron fait peau neuve. La tâche a été confiée aux designers toulonnais de l’Atelier 360 qui, après avoir reconsidéré le parcours signalétique et le mobilier du site en 2015, se sont penchés sur le design des cabines, éléments iconiques du paysage et du patrimoine de la ville. Une attention particulière a été portée sur l’expérience de l’usager en augmentant de 50 % les ouvertures sur l’extérieur : fenêtres élargies, hublot au sol, éclairage renforcé dedans et dehors. « C’est un design de l’intérieur vers l’extérieur ; le voyage vers le haut du mont Faron offre une véritable immersion sensorielle dans le paysage toulonnais. » Conformes aux nouvelles normes de sécurité (multipliées par 3 depuis 1959), les nouvelles cabines arborent désormais des lignes plus douces et légères. Du sol au câble en passant par l’ergonomie du poste de commande, tout a été revu, en gardant toujours à l’esprit les codes qui ont fait la popularité de ces petites cabines fifties.

PATRICK JOUFFRET, FONDATEUR DE L’ATELIER 360

ATELIER 360, CABINE DU NOUVEAU
TÉLÉPHÉRIQUE DE TOULON
© ATELIER 360

LIFE AQUATIC, Yacht aménagé par India Mahdavi
Présentation galerie, 2 rue Jean-Aicard
Durant le week-end, le yacht est visible depuis le quai d’honneur, port de Toulon

Après leur fief de Saint-Jean Cap-Ferrat,
c’est un yacht des années 1950, sous pavillon britannique, qu’Isabel Ettedgui et sa fille Gigi ont confié à India Mahdavi.

Entièrement restructuré, la plupart des éléments de menuiserie qui en faisaient son charme ont été conservés et il a été restauré dans les règles de l’art sur le chantier naval de Plymouth par Stirling & Son.

C’est ainsi que Life Aquatic, baptisé en hommage à Wes Anderson, retrouve l’esprit joyeux d’une café society voguant sur la Méditerranée.

INDIA MAHDAVI, LIFE AQUATIC
© INDIA MAHDAVI

DESIGN PARADE HYÈRES
12E FESTIVAL INTERNATIONAL DE DESIGN

Chaque été, la villa Noailles organise le festival international Design Parade en deux volets : le premier à Toulon pour l’architecture d’intérieur, le second à Hyères pour le design.

À travers cette nouvelle proposition inédite en France, Design Parade permet d’aborder, au cours d’un week-end élargi, tous les aspects des arts décoratifs dans la création contemporaine. Design Parade Toulon et Hyères ont pour ambition de découvrir, promouvoir et soutenir la jeune génération dans ces disciplines complémentaires et de présenter, aux professionnels et au public, des créateurs internationaux à travers des expositions et des conférences. Pour accompagner la jeune création, le festival aborde autant l’artisanat, les savoir-faire d’exception que l’industrie, notamment grâce au soutien de ses partenaires. Le festival est aussi l’occasion de parcourir le patrimoine de ces deux villes voisines qui offrent chacune une expression de la richesse architecturale et décorative du Var.

10 DESIGNERS FINALISTES

Les dix finalistes sélectionnés par le jury seront présents à Hyères au moment du festival. Le jury rencontrera les dix nalistes à la villa Noailles, pendant le festival lors de rendez-vous individuels. A l’issue de ces rencontres, le jury décernera le Grand Prix Design Parade Hyères.

Léa Bardin
France
HALE BOPP jouets

Comment poétiser la robotique ? Une proposition alternative aux humanoïdes sympathiques est faite ici, à travers une collection d’objets réactifs destinés au jeu dont les règles restent à inventer. Comme les enfants savent le faire, nous sommes invités à transfigurer le quotidien pour imaginer des mondes fantastiques. Loin des bonshommes carrossés de plastique, les formes sont dessinées avec la tranquillité des esquisses qui nous sont familières et rappellent des minéraux ou des animaux. Elles émettent des sons quand on les manipule grâce à l’électronique miniaturisée dont on ne saurait soupçonner la présence à l’intérieur. À hauteur d’œil, le petit oiseau chante, mais si on l’approche du sol, il imite des bruits de bête aquatique ; lorsqu’il
est levé très haut, des rumeurs intergalactiques bourdonnent. On passe de la mer à la jungle puis à la voie lactée en quelques secondes. Les cailloux, moins figuratifs, vibrent chacun d’échos abstraits : on pourra s’amuser à les réunir par familles ou tenter de trouver des paires assorties. Le bâton bigarré de couleurs vives modifie sa trajectoire en fonction des claquements de doigts et des applaudissements. Plumes et autres fragments de météorites complètent la proposition de supports narratifs dont le titre est emprunté à la comète Hale Bopp qui passa tout près de la Terre en 1997. Si l’on est attentif et qu’on sait apprivoiser son environnement, on en verra la magie.

NÉE EN 1987, LÉA BARDIN EST DIPLÔMÉE DE L’ENSCI – LES ATELIERS, PARIS APR S AVOIR OBTENU UN DNAP À L’ÉCOLE NATIONALE SUPÉRIEURE DES ARTS DÉCORATIFS DE STRASBOURG. ELLE VIT ET TRAVAILLE À PARIS.

LÉA BARDIN,
HALEBOPP
© LÉA BARDIN

Pauline Capdo et Luis Bellenger
France
VENISE lampe

La lampe murale est inspirée des volets de la cité vénitienne, univers promettant déjà raffinement et poésie. Les lamelles mobiles des persiennes traditionnelles servent habituellement à protéger les ouvertures de la maison et à filtrer l’air et la lumière selon leur orientation.
Ce principe constructif est ici détourné pour dessiner un objet lumineux d’intérieur aussi utile qu’ornemental, conservant son intérêt esthétique, qu’il soit allumé ou éteint. Une fine plaque d’aluminium anodisé est découpée au laser pour dessiner le contour schématique d’une fenêtre arrondie et aussi définir des
lattes parallèles sur le cadre. Par pression, le métal incisé est tordu pour former les lames à claire-voie orientées vers le sol. Le même procédé est employé pour créer une boîte à l’arrière qui abrite les rubans de leds et les éléments techniques. Bien que la conception et la méthode de production soient rationalisées et industrielles, il se dégage de l’applique une dimension narrative indéniable. La « fenêtre » ouvre symboliquement le mur vers un ailleurs et fixe le moment où la lumière douce perce à travers la façade imaginaire.

NÉE EN 1992, PAULINE CAPDO OBTIENT DEUX DIPLÔMES EN DESIGN PRODUIT À TOULOUSE PUIS À L’INSTITUT SAINT-LUC À TOURNAI (BELGIQUE) ET ENFIN UN MASTER EN DESIGN INDUSTRIEL À LA CAMBRE, BRUXELLES.

LUIS BELLENGER EST NÉ EN 1987, IL EST DIPLÔMÉ EN DESIGN DE L’INSTITUT SAINT-LUC À TOURNAI (BELGIQUE), DE L’ÉCOLE SUPÉRIEURE D’ART ET DE DESIGN DE REIMS ET DE LA CAMBRE, BRUXELLES. ILS SONT BASÉS À UCCLE EN BELGIQUE OÙ ILS TRAVAILLENT SOUS LE NOM DE PAULINEPLUSLUIS.

PAULINE CAPDO ET LUIS BELLENGER (PAULINEPLUSLUIS),
VENISE
© PAULINEPLUSLUIS

Lisa Ertel
Allemagne
DUNE assises

À bien regarder ce monument mégalithique, cet ensemble de constructions en blocs clairs, on découvre une famille d’assises primitives. À regarder plus près, les monolithes révèlent un travail fin et précis. Bancs, chaises et tabourets sont constitués d’épais billots d’épicéa façonnés en angles arrondis puis sablés en surface.
Cette technique dépouille le bois massif de son cambium, partie tendre produite par les arbres au printemps, et révèle les nervures de ses cernes de croissance annuelles. À travers cette stratigraphie mise à nu, et sur laquelle la lumière s’accroche, on lit l’histoire unique de chaque arbre comme une allégorie du temps qui passe. La rusticité apparente de ces objets disparaît rapidement devant la beauté complexe du matériau que nous offre la nature. La générosité des volumes, une fois placés dans la maison, incite à réfléchir à la disponibilité de ces ressources et à l’usage que l’on en fait.

LISA ERTEL EST NÉE EN 1990 ET EST ACTUELLEMENT ÉTUDIANTE À LA STAATLICHE HOCHSCHULE FÜR GESTALTING DE KARLSRUHE EN ALLEMAGNE. ELLE COLLABORE AVEC LE DUO BERLINOIS BLESS.

LISA ERTEL,
DUNE
PHOTO : MICHELLE MANTEL

Arthur Hoffner
France
ÊTRE OU NE PARAÎTRE fontaines

Dépourvue de son utilité première, la fontaine d’intérieur est devenue un objet désuet, voire un cliché kitsch. Quoi qu’on pense de cet ornement, on cède volontiers à la fascination devant l’eau qui coule à l’infini, on la regarde, on l’écoute. L’ambiguïté de cet accessoire est exploitée ici pour dessiner des dispositifs harmonieux et malicieux qui prennent place dans la maison. C’est justement l’univers domestique, et particulièrement celui du lavage de la vaisselle, qui est transfiguré par la collection. Le matériel de plomberie — visible — sert de base aux compositions. Siphons, tuyaux en pvc, tubes chromés et bagues en cuivre sont sélectionnés pour leurs qualités fonctionnelles autant qu’esthétiques. Utilisés bruts ou délicatement peints, ils sont combinés à des bols en céramique, des entonnoirs en plastique, des plateaux en marbre ou des éponges de cuisine. Ces ensembles hétéroclites sont harmonisés par des dégradés pastel qui semblent remonter par capillarité dans la matière solide. La charge décorative est mise en exergue par le traitement du liquide coloré qui s’écoule en cascades incertaines d’un contenant à l’autre, créant ainsi un lien entre les formes. Les fontaines sont suspendues ou posées en équilibre sans que l’on en saisisse la technicité, car toute la mécanique est dissimulée dans les matériaux qui la composent. On peut se laisser aller au plaisir de la contemplation hypnotique, qu’elle soit méditative ou récréative.

NÉ EN 1990, ARTHUR HOFFNER OBTIENT UN DIPLÔME EN ARTS APPLIQUÉS À L’ÉCOLE BOULLE PUIS UN DIPLÔME À L’ENSCI – LES ATELIERS, PARIS. DEUX DE SES PROJETS SONT DÉJÀ ÉDITÉS, L’UN PAR CINNA, L’AUTRE CHEZ BIBELO. IL A RÉCEMMENT SIGNÉ DU MOBILIER POUR LA GAITÉ LYRIQUE. IL VIT ET TRAVAILLE À PARIS.

ARTHUR HOFFNER,
ÊTRE OU NE PARAÎTRE
© ARTHUR HOFFNER

Florent Jullien
France
PAYSAGES ET RÉPÉTITIONS système d’aménagements extérieurs

À partir de quatre composants à assembler et accessoiriser, le système permet de créer une gamme de mobilier pour aménager les terrasses et les jardins.

Le bois composite, à partir de déchets de scierie agglomérés par une résine polymère, est extrudé pour former des lattes standards proposées en plusieurs hauteurs (40, 80, 160 et 220 centimètres). Elles se connectent entre elles grâce à une pièce en aluminium extrudé et sont facettées de manière à former une courbe lorsqu’on les assemble : vingt unités forment un cercle. Ainsi, elles se juxtaposent dans un sens puis dans l’autre pour dessiner des portions de cercles et déterminer les contours des objets. Une option de trois lattes côte à côte est disponible pour construire des lignes droites. Les planches synthétiques sont partiellement creuses pour se ficher dans des piquets en acier. Les cavités peuvent accueillir du câble électrique ou des tuyaux. Enfin, une margelle aussi en bois composite avec rail d’aluminium intégré — profilés dans un même geste — s’emboîte sur le dessus pour achever l’ensemble. Des objets adaptés à l’extérieur sont déclinés à partir du principe de construction : bordures, piscines, lits de repos (en insérant un filet de catamaran entre les lattes et la margelle), douches, paravents, lampes, pare-vue… Le jeu consiste à composer des aménagements personnalisés en répétant un élément standard.

FLORENT JULLIEN EST NÉ EN 1990, IL EST DIPLÔMÉ DE L’ENSCI – LES ATELIERS, PARIS,VILLE OÙ IL VIT ET TRAVAILLE.

FLORENT JULLIEN,
PAYSAGES ET RÉPÉTITIONS
© FLORENT JULLIEN

Jenna Kaes
France
FIRE WHEELS lampe
NIGHT THOUGHT COUVERTURE

FIRE WHEELS

La lampe est composée d’une ampoule accrochée au mur devant laquelle on suspend une lentille en pâte de verre translucide évidée en son centre. La forme est obtenue par la stratification de granules de verre multicolore dans un moule à cire perdue, lesquelles se soudent en une masse dense lors de la cuisson. La source lumineuse est désaxée du crochet de suspension, de sorte qu’elle transperce une zone du cristal artificiel que l’on fait pivoter sur la patère pour l’examiner comme on observerait les insectes fossilisés dans l’ambre. Le spectre laisse apparaître les méandres infinis de ce disque solaire inspiré des croyances incas.

NIGHT THOUGHT

Suite de ce parcours méditatif, les grandes couvertures en satin de coton surpiqué figurent des « passages ». Le support représente des éléments de l’architecture monacale, perspective de marches et d’arcs-boutants qui ouvre vers une dimension mystique. « Fixez votre regard au centre » écrivait Sainte Thérèse d’Avila dans le Château intérieur, la couverture fait figure de miroir symbolique pour engager le chemin vers la connaissance de soi. Les broderies sont réalisées par une communauté de moniales carmélites qui paramètrent informatiquement l’abscisse et l’ordonnée de chaque point de piqûre afin de diriger le bras mécanique qui exécute le dessin. Chaque côté présente une association de couleurs sombres et éclatantes, passage de la nuit vers la lumière ou l’inverse, c’est selon.

NÉE EN 1987, JENNA KAES EST DIPLÔMÉE EN DESIGN DE L’ÉCOLE SUPÉRIEURE DES ARTS DÉCORATIFS DE STRASBOURG ET DE L’ECAL, LAUSANNE (SUISSE). ELLE VIT ET TRAVAILLE À PARIS

JENNA KAES,
FIRE WHEELS
PHOTO : HORACE LUNDD

JENNA KAES,
NIGHT THOUGHT
PHOTO : ANNA KARASEVA

Sophie Mensen et Oskar Peet
Pays-Bas
PERSPECTIVE objets en verre

Dans le cas où les objets ne sont pas purement décoratifs, la nécessité de l’interaction entre eux et les utilisateurs est une évidence. Mais lorsqu’ils n’ont pas de fonction apparente, il faut prendre le temps de vivre avec eux et autour d’eux pour comprendre ce qu’ils apportent. Entre installation sculpturale et étude de la lumière, les deux compositions présentées questionnent et émerveillent. Sur la base de dessins sobres, les panneaux de verre incolore et les filtres aux tons neutres sont assemblés au moyen de petites pièces de cuivre pour créer des figures en trois dimensions. Les lignes et les surfaces deviennent des volumes qui densifient, tempèrent et diffusent l’éclairage ambiant. Et c’est bien là la fonction de ces solides, tenter de contenir l’espace et la lumière, et rendre tangible ce qui ne l’est pas. Selon l’angle de vue, de face ou de biais, on perçoit une unité graphique ou plastique qui prend corps et révèle des aires ou des masses variables. Les contours du verre se matérialisent en fonction de l’incidence des rayons. Alors que l’objet est inanimé, l’instabilité apparente n’est due qu’à la perception de l’utilisateur qui se déplace et qui le manipule.

Il pourra faire pivoter les films filtrants de Perspective no. 2 pour créer de nouveaux effets. Des objets à réfléchir.

SOPHIE MENSEN EST NÉE EN 1985 ET OSKAR PEET EN 1984, ILS SONT TOUS DEUX DIPLÔMÉS DE LA DESIGN ACADEMY D’EINDHOVEN AUX PAYS-BAS,VILLE OÙ ILSVIVENT ET ONT FONDÉ LE STUDIO DE DESIGN OS ∆ OOS.

OSKAR PEET ET SOPHIE MENSEN (OS AND OOS),
PERSPECTIVE
PHOTO : JEROEN VAN DER WIELEN

Carolien Niebling
Pays-Bas
THE FUTURE SAUSAGE saucisses

La saucisse serait-elle un modèle d’objet parfait ? On se risquerait même à revendiquer son design et son procédé de fabrication comme les symboles de l’intelligence humaine depuis cinq millénaires : son enveloppe comestible contient l’aliment et permet de le stocker facilement. On peut la prendre avec les doigts et la consommer directement ; elle ne produit pas de déchet et elle concentre un maximum de protéines en une portion succulente. Cependant, ses valeurs nutritionnelles et les préoccupations écologiques et hygiéniques d’aujourd’hui demandent quelques améliorations. La gamme présentée tente de répondre à ces nouvelles attentes en augmentant les performances de ce classique de la gastronomie européenne.

Les ingrédients sont choisis pour leurs qualités plastiques et diététiques et leur disponibilité à l’avenir, à l’instar des insectes ou des végétaux. Combinés entre eux, ces ingrédients permettent de dessiner des saucisses appétissantes, savoureuses et nutritives, où le boyau est remplacé par de la gélatine de fruit ou de la cire d’abeille si les aliments une fois compactés ne suffisent pas à lui donner suffisamment de consistance. La viande n’est pas oubliée pour autant, elle est directement formée avec les fruits, les herbes ou les sauces qui l’accompagnent traditionnellement. Le projet se complète d’un livre, richement illustré relevant autant de l’article scientifique que du guide de cuisine, qui nous encourage à exprimer à notre tour tout le potentiel de ce principe de fabrication charcutière.

NÉE EN 1984, CAROLIEN NIEBLING EST DIPLÔMÉE DE L’UNIVERSITÉ DES ARTS ARTEZ À ARNHEM (PAYS-BAS) ET DE L’ECAL, LAUSANNE (SUISSE). ELLE VIT ET TRAVAILLE À LAUSANNE.

CAROLIEN NIEBLING,
THE FUTURE SAUSAGE
PHOTO : ÉMILE BARRET

Jonathan Omar et Lionel Dinis Salazar
France
CRYSTAL PALACE vases et lampes

Par la combinaison d’une base standardisée et d’un décor aléatoire, le procédé de fabrication engendre une collection précieuse de miroirs, lampes et vases uniques. Le squelette des objets s’inspire des trames de modélisation numérique, il est produit en série par un système d’impression 3D désormais courant, un laser commandé par ordinateur fait durcir de la poudre abs provoquant une réticulation. Le résultat est invariablement identique à chaque commande. Ce treillis poreux est ensuite plongé dans une solution chargée de sels d’alun qui s’agglomèrent lorsque la température du liquide chauffé redescend. De l’eau trouble l’artefact émerge lentement à mesure que les cristaux non fixés se précipitent dans le fond du bain, et l’allusion aux fouilles archéologiques pointe à travers ce processus de lente découverte et d’incertitude. Cette évocation est réactivée par le dessin du vase, choisi symboliquement pour représenter la production artisanale humaine ; il reprend les archétypes des contenants antiques, telles l’amphore et la jarre. Il est colonisé par les excroissances minérales qui en modifient l’aspect à la manière des concrétions sous- marines sur les trésors perdus. La lampe est fabriquée selon le même principe, à partir d’un maillage en anneau ovale dont la lumière révèle l’ossature. Pour le miroir, la surface réfléchissante est abrasée par endroits, permettant aux sels de s’y accrocher.

JONATHAN OMAR ET LIONEL DINIS SALAZAR SONT NÉS EN 1989, ILS SONT RESPECTIVEMENT DIPLÔMÉS DE L’ÉCOLE NATIONALE SUPÉRIEURE DES ARTS DÉCORATIFS DE STRASBOURG ET DE L’ÉCOLE NATIONALE SUPÉRIEURE DES ARTS DÉCORATIFS DE PARIS. ILS SONT INSTALLÉS À PARIS OÙ ILS ONT FONDÉ DÖPPEL STUDIO.

JONATHAN OMAR ET LIONEL SALAZAR (DÖPPEL STUDIO),
CRYSTAL PALACE
© DÖPPEL STUDIO

Ragna Ragnarsdottir 
Islande
MAIN D’OEUVRE contenants et miroir

La collection est imaginée en détournant des matériaux industriels au moyen d’une mécanique artisanale inédite. La structure des objets est déterminée par leur piètement, toujours fabriqué sur le même principe à des échelles différentes ; il est composé de superpositions de disques en mdf noir teinté dans la masse. Le nombre de pieds dépend de la stabilité requise par chacun des objets. Une chaussette de latex est enfilée sur les cylindres avant d’être tendue sur un châssis en bois placé autour. Cette membrane est doublée à l’intérieur d’une enveloppe identique et une contre-forme en polystyrène qui définissent l’épaisseur de la future paroi. Le moule souple est ensuite rempli de strates de résine aqueuse de différentes couleurs, dont les contours se déforment parfois sous la pression de cette matière synthétique, occasionnant des renflements inopinés. Après séchage et une fois sortis de leur chrysalide, les contenants (bols, vases) révèlent des paysages dessinés par les coulures et les mélanges des couches de résine, des silhouettes irrégulières et singulières. Deux autres expériences complètent la série : la surface plate du banc autorise à travailler les motifs de visu et l’inclusion d’un panneau de bois dans le moule forme un creux qui accueillera un miroir. La conception de l’outil de production induit le dessin de l’objet.

RAGNA RAGNARSDOTTIR EST NÉE EN 1988, ELLE EST DIPLÔMÉE DE L’ENSCI – LES ATELIERS, PARIS. ELLE VIT ET TRAVAILLE À REYKJAVIK EN ISLANDE.

RAGNA RAGNARSDOTTIR,
MAIN D’OEUVRE
© RAGNA RAGNARSDOTTIR

JURY DESIGN PARADE HYÈRES

Le jury est composé de :

Inga Sempé
designer, Paris Présidente du jury

Nicolas Bellavance-Lecompte
directeur et co-fondateur, Carwan Gallery, Beyrouth, Liban

Laurence Brabant
designer, Paris

Nora Fehlbaum
PDG, Vitra,
Weil am Rhein, Allemagne

Chris Martin
designer, fondateur de Mass Productions, Stockholm, Suède

Massimo Orsini
PDG Mutina, Fiorano, Italie

Pernelle Poyet
designer, lauréate du Grand Prix Design Parade 2016, Paris

Annalisa Rosso
journaliste et commissaire d’expositions, Milan, Italie

Alice Stori Liechtenstein
fondatrice de Schloss Hollenegg for Design, Schwanberg, Autriche

Magnus Wästberg
fondateur de Wästberg- Sweden Office & Production Stockholm, Suède

EXPOSITIONS

Les expositions sont ouvertes au public du 30 juin au 24 septembre à la villa Noailles.

Concours, 10 DESIGNERS
exposition collective
salles voûtées, bâtiment initial

Inga Sempé, TUTTI FRUTTI
piscine, squash et sautoir, 2e étage

Adrien Rovero, DOODLE
Atelier de peinture, 1er étage

Pernelle Poyet, FIGURÉS
Galerie 2, 2e étage

Maria Jeglinska, ARRÊT SUR IMAGE
Gymnase, 2e étage

Thélonious Goupil, RÉSIDENCE
Cour des pieds carrés, jardin et palier, 2e étage

Savoir-faire local : TERRE DE SALERNES
Photographies d’Anaïs Boileau Scénographie de Thélonious Goupil Galerie 1, 1er étage

Laureline Galliot et Mathieu Peyroulet Ghilini, DIGITAL PAINT:LAB, SPACE DRAWINGS
Hall, rez-de-chaussée et escaliers

Samy Rio, ITINÉRAIRES
Palier, 1er étage

Charles et Marie-Laure de Noailles,
mécènes du XXe siècle
Un parcours dans les collections du Musée national d’art moderne – Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou
bâtiment initial

BLESS
Hall, rez-de-chaussée

Inga Sempé, TUTTI FRUTTI
piscine, squash et sautoir, 2e étage

C’est la vie quotidienne et ses objets usuels qui m’attirent, les systèmes élémentaires et la mécanique légère. J’essaie de concevoir des choses simples, mobiles, contrastées et inclassables ; je tente de faire des objets qui aient du charme.

C’est la série qui m’intéresse : Tutti Frutti montre essentiellement des objets manufacturés par de petites et moyennes entreprises. L’exposition mêle les études préalables aux objets réalisés depuis plus de quinze ans. Les croquis flous, les dessins précis, et les maquettes approximatives ou rigoureuses jouxtent les meubles, les lampes, les tapis, les textiles et autres objets dessinés pour des sociétés italiennes, scandinaves et françaises.

INGA SEMPÉ, TUTTI FRUTTI
© INGA SEMPÉ

Savoir-Faire local : TERRE DE SALERNES
Photographies d’Anaïs Boileau
Scénographie de Thélonious Goupil
Galerie 1, 1er étage

La cartographie des ressources régionales et des savoir-faire vernaculaires que la villa Noailles a initiée il y a sept ans fait dorénavant partie inté- grante de l’écosystème Design Parade. Passée à travers le regard créatif des lauréats des précé- dentes éditions, l’invitation annuelle au voyage géographique et temporel dans le terroir proven- çal permet d’éviter la fossilisation dans le cliché, notamment en esquissant de nouvelles gammes de produits. En 2017 c’est la terre cuite de Salernes qui est mise en lumière. Une commande photographique confiée à Anaïs Boileau docu- mente, avec sensibilité mais sans nostalgie, toutes les étapes de cette alchimie entre terre, eau et feu qui reste quasiment inchangée depuis des siècles. Depuis l’extraction de l’argile dans les carrières exploitées aujourd’hui par le grou- pement d’intérêt économique (GIE) jusqu’au compactage manuel des mallons au maillet en bois, en passant par le séchage sur clayettes et l’allumage des fours. En parallèle, une exposi- tion de prototypes, librement réalisés par Antoine Boudin et Thélonious Goupil, poussent les tech- niques traditionnelles de fabrication dans des retranchements inédits et démontrent qu’arti- sans et designers ont tout à gagner à croiser leurs expertises. Une ouverture sur l’innovation et le design d’autant plus importante que l’ac- tivité économique de Salernes « souffre de nos jours de la concurrence des sols en béton ciré », affirme Vincent Vagh. Et pourtant, cette petite localité du Haut Var réputée dès le début du XIXe pour sa production de tomettes bénéficie depuis des siècles d’un environnement particulière- ment propice à la céramique : carrières d’argile rouge ferrugineuse, rivières d’eau pure, forêts de pins abondantes. Jusqu’aux années 1950, la tomette, ce carreau hexagonal en terre cuite, indissociable de l’image des sols provençaux traditionnels, s’est exportée avec succès tout autour du bassin méditerranéen. Menacée dans les années 1960 par les matériaux nés de l’industrialisation plus porteurs soudain de rêves de modernité, la tomette a peu à peu perdu de son pouvoir de séduction et entraîné dans la chute de ses courbes de ventes nombre d’ateliers locaux. Placées sous le double signe de l’es- thétique pop et du revival artisanal, les années 1970 ont néanmoins vu émerger une nouvelle génération de céramistes n’ayant pas froid aux yeux à l’instar d’Alain Vagh, célèbre aussi bien pour ses voitures recouvertes de carreaux émail- lés de couleurs vives, dans les années 1980 et 1990, que pour sa décoration, en 1967, de l’hôtel Byblos à Saint-Tropez. Cinquante ans plus tard, son fils Vincent, qui reprend la direction de l’atelier, n’a pas hésité à ouvrir les portes de ses fours à deux jeunes designers primés à Design Parade. En bricolant lui-même un moule ingénieux, Antoine Boudin vient, avec Oundino, de faire à nouveau entrer le carrelage de Salernes dans le monde de l’hospitalité. Une petite série de tomettes rectangulaires délicatement reliéfées — des motifs de vaguelettes rappelant de façon troublante ceux que la mer laisse sur le sable en se retirant — se trouvent en effet aujourd’hui posées dans une des chambres de La reine Jane, le tout récent boutique hôtel design de l’Ayguade à Hyères pour l’aménagement duquel quatorze designers ont été sollicités, sous la direction artistique de Jean-Pierre Blanc. De son côté Thélonious Goupil, lauréat du Prix spécial du jury de Design Parade Hyères l’an dernier, a voulu souligner son attachement de designer industriel à la standardisation, fût-elle artisanale. La série « Les vases des Launes » est ainsi née, avec le soutien conjugué de monsieur Guiol (les Terres Cuites des Launes) et de Vincent Vagh, de la volonté de faire passer une dalle de sol de 40 cm x 40 cm de la 2D à la 3D par une simple gestuelle d’enroulement. Une gestuelle qui n’est pas sans évoquer celle des potiers sur leurs tours : la vie fait parfois de jolies boucles.

ANNE-FRANCE BERTHELON

ANTOINE BOUDIN, OUNDINO,
CARREAUX POUR L’HÔTEL LA REINE JANE, HYÈRES
ALAIN VAGH, SALERNES, VAR, 2017

Villa Noailles
Montée Noailles
Tel : +33 (0)4 98 08 01 98
site web : www.villanoailles-hyeres.com

Rémi Guisset

+33 (0)6 60 89 20 11
remiguisset@lexploreur.com

Jérémy Bailet

+33 (0)6 61 01 71 08
jeremybailet@lexploreur.com