29.12.2016

Juste à côté // ARMLEDER, LAVIER, PINAUD, SANEJOUAND, THEUNIS

Art Exposition

GALERIE CATHERINE ISSERT
2, Route des Serres- 06570 SAINT-PAUL

Exposition du samedi 17 décembre 2016 au samedi 18 février 2017.

www.galerie-issert.com

Courtesy Galerie Catherine Issert
© François Fernandez

Pascal Pinaud, représenté par la galerie Catherine Issert depuis 1999, sera exposé simultanément du 10 décembre 2016 au 5 mars 2017 à la Fondation Maeght de Saint-Paul de Vence (Sempervivum) et à l’Espace d’Art concret de Mouans-Sartoux (C’est à vous de voir…). Ces deux expositions seront suivies d’une troisième au Fond Régional d’Art Contemporain de Provence-Alpes Côte d’Azur (Marseille) à l’été 2017.

L’occasion pour Catherine Issert de rappeler certaines filiations artistiques de Pascal Pinaud : trans-générationnelle, l’exposition Juste à côté réunit, autour de cet artiste, Jean-Michel Sanejouand, John M. Armleder, Bertrand Lavier et Xavier Theunis. Ces cinq artistes remettent en question chacun à leur manière l’héritage du modernisme dans l’art et particulièrement en peinture. Leurs positions, très affirmées, ne naissent pas d’une réaction violente aux grandes questions modernes mais plutôt en faisant un pas de côté qui leur permet de regarder cet héritage avec une distance salutaire. Volontiers formalistes et séduisantes, leurs œuvres sont empreintes d’une douce radicalité.

Ce sont à la fois l’histoire, le statut de l’œuvre d’art et le rapport au processus artistique qu’ils mettent en jeu dans leurs pratiques : en ouvrant les frontières entre les genres (la peinture dialogue avec l’objet, le design, l’architecture, l’artisanat…) ces artistes cassent les hiérarchies préétablies et utilisent la série comme déclinaison de rapports d’équivalence entre matériaux, styles et citations. Ils construisent une peinture distanciée et objectivée, qui parfois sans pinceau, voire sans châssis, réinvente ce geste séculaire qui consiste à peindre, acceptant le désenchantement post-moderne sans pourtant cesser de s’enthousiasmer de ses potentialités toujours renouvelées.

Courtesy Galerie Catherine Issert
© François Fernandez

Œuvres exposées

Toile blanche et bande de plastique noire (1963) de Jean-Michel Sanejouand rejoue une forme classique de l’abstraction : elle rappelle, par exemple, le zip de Barnett Newman, tout en évacuant totalement la part émotionnelle de l’expressionnisme abstrait. Le titre, factuel, énonce clairement les matériaux utilisés ; objets de consommation courante, le vinyle et le scotch deviennent ici les vecteurs d’une pensée sur le devenir de la peinture dans notre société post-industrielle. Une œuvre qui présuppose des mouvements de libération picturale comme Support-Surface (1969). Plus tardive, son œuvre 9.6.96 (1996) questionne le rapport entre l’objet, sa représentation et la peinture. Sur un fond blanc, texturé au moyen d’une large touche, Sanejouand appose d’un énergique coup de brosse une bande rouge horizontale. Au dessus, le dessin d’un objet usuel, un couteau, nous ramène à la tradition de la nature morte. Ce sont donc plusieurs histoires picturales qui sont convoquées ensemble pour parler de la peinture à la fois comme matière plastique et comme référence culturelle.

 John M. Armleder définit assez justement cette position légèrement décalée en se nommant lui-même un « alter-formalisme ». En mettant en crise la notion d’originalité, estimant qu’un autre pourrait tout à fait être l’auteur de ses œuvres, il remet également en cause la hiérarchie du genre et utilise la citation et l’appropriation comme mise à distance de sa propre créativité. Ses Furniture-Sculptures, associant objets de mobilier récupérés et peinture abstraite, critiquent l’idée de style, l’académisme de l’abstraction et ramènent l’œuvre au statut ambigu de décorum. Entre ludisme et premier degré. Armleder joue un subtil jeu d’évitement entre le style et le non-style.

Bertrand Lavier, avec ses « peintures de chantier », démontre les différences de nuance entre deux coloris qui portent pourtant un nom identique. Rouge Framboise par Tollens et Boirolac (1993) pointe le fait que ces deux fabricants de peinture, bien que voulant déterminer une teinte identique, désignent deux réalités différentes. Considérant ces peintures industrielles comme des ready-made, Lavier se pose la question du geste comme signature, critiquant les notions de touche et de facture. La lexicalité industrielle rencontre celle de l’art ; ici les couleurs vives et uniformes nous renvoient à la fois au minimalisme et au Pop Art.

Pascal Pinaud, avec sa série Test’Art, utilise la photographie pour parler de la peinture et du tableau. Toutes du même format et en exemplaire unique, ce sont des photographies agrandies de tests de couleurs pratiqués par les carrossiers. Pascal Pinaud s’ingénie ici à brouiller les frontières entre culture populaire et savante et détourne le geste fonctionnel pour le mener dans le champ artistique. Ainsi, Pinaud nous parle du champ élargi de la peinture et remet en cause, en s’appropriant le geste d’un autre, la question du style comme signe distinctif d’un artiste. L’œuvre Verde Alpi Fiat (09A04) réalisée en 2009 s’inspire des fenêtres percées dans des véhicules utilitaires pour permettre le transport de personnes. Dans une tôle automobile laquée et vernie ont été réalisées trois ouvertures cernées de joints d’isolation et recouvertes d’acétate orange. Appartenant à la série Tôles / Principes de réalité, cette œuvre naît, comme souvent chez cet artiste, à partir de motifs extraits du réel pour investir le champ de la peinture abstraite. Le titre même, qui se réfère à la teinte de la laque automobile utilisée, rend hommage au « beau industriel » et questionne les rapports d’équivalence entre valeurs esthétiques et marchandes.

Les œuvres Sans titre (Vue d’Atelier #17) et Sans titre (Paysage #88) de Xavier Theunis sont composées de chutes d’adhésif publicitaire collées sur de l’aluminium thermolaqué. Lui aussi utilise donc des matériaux industriels pour construire son œuvre : il s’appuie sur la découpe effectuée par l’ouvrier sur les fins de bobines d’adhésif et construit à partir de cette ligne, plus ou moins droite, sa composition. Répété et emboîté, ce motif délimite des bandes colorées irrégulières, séparées par des espaces mettant à nu le support en aluminium. Ce protocole produit des œuvres tout en surface, sans touche ; signe distinctif que l’on retrouve dans la majorité de ses productions.

Rémi Guisset

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Jérémy Bailet

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