Grimaud, France

Villa Tan Yan – Icône moderne de Jean Prouvé

150 m² – Jean Prouvé & Charlotte Perriand (1962)

En bordure de la baie de Saint-Tropez, cette villa de vacances est réalisée en éléments industrialisés en 1962 par le génie et l’esprit de Jean Prouvé. Elle est dans la lignée des résidences de villégiature, champ d’expérience de grands architectes, faisant de la Côte d’Azur un laboratoire.

La situation de cette villa dans le domaine de Beauvallon est représentative : le golf, créé par le promoteur Bernheim, est entouré d’édifices d’architectes régionaux de renom et d’architectes du Mouvement moderne. Elle est discrète, presque timide d’être là, à quelques encablures de la villa Noailles de Robert Mallet-Stevens à Hyères, et à un jet de pierre d’une villa de Pierre Chareau. Au milieu des chênes lièges, arbousiers, eucalyptus, elle est enrobée de végétations méditerranéennes sur son terrain de 1665 m2.

Elle nous rappelle, avec ses jeux de transparence et son plan d’une exigeante modernité, certaines icônes américaines de cette période comme la maison de verre de Mies van der Rohe.

La villa « Tan Yan » (d’environ 150 m2), en bois, verre, béton et métal, posée dans une pinède semble toujours attendre un nouvel été. C’est en cette saison que ses composants furent assemblés, emboîtés, boulonnés. La maison pourrait donc être démontée et remontée ailleurs. Dans l’unique volume (25,4 m sur 10,40 m) s’organisent des espaces de vie très fluides offrant des vues traversantes sur la nature. Des séries de grandes boîtes en béton posées sur la dalle abritent les services : cuisine, salles d’eau et rangements, ménageant de grands espaces ouverts pour le séjour, les chambres des parents, des amis et des enfants avec leur territoire de jeux. Cette liberté de circulation est affirmée par l’absence de portes. Le système constructif associe donc subtilement ces blocs béton à de petits poteaux en acier, supports des poutrelles IPN sur lesquelles de longs panneaux de bois formant un plafond chaleureux semblent flotter. Le bois brillant des panneaux, la surface peinte en blanc du béton brut et l’acier rouge mat des poutres jouent mutuellement de leurs différences, exacerbées par cette juxtaposition constructive. La façade est une peau en bois et verre qui se déroule librement, s’arrondissant à ses angles. Les panneaux sandwich en bois, les coulissants vitrés et des séries de lames de verre pivotantes pour la circulation de l’air sont maintenus par des raidisseurs en aluminium qui rythment verticalement la continuité de cette enveloppe, simplement couronnée par le chéneau et les ondes de la toiture en acier galvanisé. Légèreté, fluidité et transparence sont les qualités de cet espace conçu pour la liberté des vacances sur la Côte d’Azur.

Les placards en bois et aménagements intérieurs ont été dessinés par Charlotte Perriand, qui aurait donné le nom de « Tan Yan » à cette villa et les éclairages en appliques intégrées aux raidisseurs aluminium sont signés Serge Mouille.

Pour ce projet, Jean Prouvé abandonne le principe du « portique », mis au point avant-guerre, pour celui dit « AlBa » (Aluminium et Béton armé), mis au point en 1950 avec l’architecte Maurice Silvy et utilisé pour « la maison des jours meilleurs », destinée à répondre à l’appel de l’abbé Pierre de 1954.

« L’esprit Jean Prouvé », cet esprit qui nous apparaît aujourd’hui si actuel et que notre époque redécouvre avec enthousiasme. L’idée étant de construire un bâtiment éphémère que l’on pose dans la nature et que l’on peut retirer quand il a fait son temps, de respecter l’environnement au point de se situer dans une politique du moindre impact au sol.

Elle est un lieu de création idéal… Ce que l’on voit c’est la transparence, la fluidité des circulations, la multiplicité des vues, la légèreté et l’extraordinaire adaptation au paysage.

« L’idée, c’était de faire des maisons éphémères, pour une génération. Il ne m’est jamais venu à l’esprit que quarante ans après elles seraient encore habitées. » Jean Prouvé

 

Prix : 3 500 000 euros

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Photos : © Cerise Doucède

« Des maisons individuelles où tout est basé sur le collectif. Sa dimension sociale, comme une réponse autre faite par la maison elle-même, par sa présence, à toutes les villas luxueuses, fermées et surprotégées qui l’entourent. Elle, elle se tient là, dans une légèreté totale, un peu détachée du sol, un peu déjà sur le départ, sur ce fil du rasoir entre la liberté et l’ancrage, frôlée par les arbres, dans une transparence telle que le paysage est en elle, qu’il se reflète sur ses baies, qu’elle pourrait ne pas être là. Elle nous montre des choses essentielles qui je vous l’assure ont transformé notre vie. Je pense à la simplicité, à la légèreté, au goût pour le strict nécessaire, à la conscience de l’éphémère, et aussi au voyage, au nomadisme, à une forme d’impatience »…

« Ce que j’aimerais vous faire partager, c’est le bonheur que nous avons à y être et à y revenir, en toutes saisons, tenter de vous faire sentir combien cette maison-objet, si différente de celles construites dans cette région pour le même usage, s’est trouvée en parfaite adéquation avec notre façon de vivre, l’idée que nous avions de ce que devait être une maison de vacances, simple et fonctionnelle, mais où prévaudrait surtout une poétique du quotidien qui va si bien aux périodes de repos, faite de silence et de lumière, du jeu des ombres et des transparences »…

« Il faut y vivre pour sentir « vivre » la maison, entendre les bruits secs de la tôle sur le toit qui claque aux différences thermiques, au passage d’un nuage dans la chaleur du milieu du jour. Pour voir le soleil zébrer la surface blonde des panneaux de bois, le mouvement d’une palme au-dehors et l’ombre tremblante des feuilles sur le sol. Pour percevoir au travers de la qualité chromatique de l’ensemble un peu de ce silence végétal si proche de la tradition japonaise. Pour entendre le vent quand il se déchaîne et que la maison est devenue un bateau prêt à rompre ses amarres. Il faut y vivre l’hiver, quand devant le feu, on est comme assis dans le jardin, sous les grands arbres, dans cette incertitude heureuse de ne jamais savoir si l’on est au-dedans ou au-dehors. Il faut y vivre pour l’aimer vraiment, quand on la lave à grande eau et au jet, quand elle renaît des poussières de notre absence et qu’elle semble prête pour nous, prête comme pour un voyage. Prête à libérer notre imagination, faire que des choses arrivent, comme si nous étions vraiment en train de voyager sous son aile immense, sous son toit d’aluminium plissé. »   Bernard Collet

« Une pièce n’est pas une pièce sans lumière naturelle ». Louis Kahn

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